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Les récifs coralliens tropicaux

 

Recif corallienLes aquariophiles tentent de reproduire au mieux les conditions physiques et chimiques du milieu récifal pour le bien être de leurs pensionnaires. Le défi de l'aquariophile est aujourd'hui de concevoir un aquarium véritablement tourné vers l'exemple de la nature. Cette démarche serait bien incomplète sans la compréhension du milieu naturel, en effet les conditions de développement des animaux varient selon la situation géographique, locale et même suivant la position dans le récif.

 

Les récifs coralliens 600 000 km² sont le résultat du développement d'un animal (le corail) sur un support (une côte continentale, une île). Un polype se reproduit, trouve les conditions favorables à son épanouissement, se développe pour former un récif, un macro et microcosme en constante évolution. Pour comprendre cette fabuleuse histoire des récifs nous nous attarderons sur : Le corail, Le récif et enfin Les biotopes récifaux.

 

LE CORAIL BÂTISSEUR

Datation des récifs

La datation est controversée. Elle est basée sur les prélèvements de carottes au plus profond de la roche, aux limites du carbonate de calcium et sur une croissance moyenne évaluée autour de 8 mm/an. Les résultats doivent tenir compte de données plus aléatoires comme les évènements géologiques, les érosions, les tassements et les périodes de dormance ou la croissance est moindre. Ainsi selon ces paramètres, les évaluations pour l'île Eniwetok (Marshall) oscillent entre 280000 et 14000 ans ! En général les datations sur des récifs du Pacifique, donnent entre 6000 et 23000 ans ce qui correspond à la période de la dernière déglaciation et de remontée des eaux.

Les coraux

Les récifs coralliens, qui datent le plus souvent autour de 20000 ans, sont principalement issus de la croissance des coraux bâtisseurs : les coraux hermatypiques, constitués essentiellement des scléractiniaires (SPS et LPS) et dans une moindre mesure des coraux mous.

 

Extrait de l'arbre phylogénétique des coraux concernés
Classe
Sous classe Ordre Exemples
ANTHOZOAIRES Zoanthaires
(Hexacoralliaires)
Zoanthidés Sans squelette, similaires aux petites anémones (Zoanthus)
Scléractiniaires
(Coraux durs)
(SPS) à petits polypes fixés (Acropora...)
(LPS) à grands polypes fixés (Caulastrea) ou libres (Fungia, Scolymia )
Corallimorphaires Discosoma, rhodactis...
Alcyonaires
(Octocoralliaires)
Stoloniféraires clavularia, tubipora, briareum
Alcyonaires Cladiella, Xenia, Sarcophyton, Sinularia, dendronephthya
Gorgonaires Gorgone (Eunicea) ou coraux cornés

 


Corail dur SPS, sessile (Acropora)

Corail dur LPS, mobile (Scolymia)

Corail dur LPS, sessile (Caulastrea)

Corail mou, gorgone (Eunicea)

Corail mou encroûtant (zoanthus)
Corail mou, alcyonaire (Dendronephthya)

Constitution du corail

Les coraux sont formés de colonies de polypes enchâssés dans une structure calcaire qu'ils ne cessent de construire tout au long de leur vie.

Reproduction du corail


Illustration : Base de Connaissances sur les Coraux des Mascareignes

 

Modes de reproduction

Les Scléractiniaires ont une reproduction sexuée. Majoritairement hermaphrodites, une même colonie produit donc à la fois des gamètes mâles et femelles soit dans des polypes spécialisés ou alors dans le même polype. La fécondation est le plus souvent externe, les spermatozoïdes et les ovules sont libérés dans le milieu et les gamètes fusionnent plus tard pour former la larve : la planula. Elle peut aussi être interne, les oeufs sont alors fécondés dans la cavité gastrique et la planula seule est finalement libérée. Certaines espèces produisent des gamètes toute l'année, d'autres comme Acropora spp. pondent emasse sur un temps très court, quelques jours par an seulement et de manière synchrone. Les larves ciliées planulas, rosées et de formes elliptiques voyagent dans le plancton pendant quelques jours assurant la dissémination des espèces dans les océans et la conquête de nouveaux milieux. Elles tombent finalement sur le fond pour se fixer en s’étalant sur un substrat dur (rocheux ou madréporaire). Elles se métamorphosent enfin pour donner un polype qui élabore les différentes étape de sa structure calcaire.

Les Scléractiniaires se multiplient aussi de manière asexuée par :

Stratégies de reproduction

Comme tous les coraux, les scléractiniaires déploient des stratégies pour survivre et se propager, il seront plutôt colonisateur ou compétiteur et même changer de stratégie selon l'environnement.

Les colonisateurs :

La propagation est principalement sexuée, le nombre de larves est important et si possible simultané pour accroître les chances de fécondation et de survie face aux prédateurs, comme sur la Grande Barrière Australienne ou la ponte à lieu dès 26°C le lendemain de la pleine lune, en octobre. Les colonies sont peu agressives, sont fragiles et ont une faible durée de vie

Les compétiteurs :

Ils se propagent essentiellement de façon asexuée, par fragmentation. Leur morphe et leur structure fragile facilitent la casse comme pour Acropora formosa. Ils donnent peu de larves, et sont plutôt agressifs. Il existe d'autres formes de compétition pour l'espace comme l'utilisation de filaments mésentériques ou de tentacules répulsives déployées si besoin et chargées de cellules urticantes les cnidoblastes, utilisation de signaux chimiques toxiques,

Croissance du corail

polype de corail
Polype de scléractiniaire
(Coral Reefs - Marine Biology and Oceanography)


Microscopie de zooxanthelles
(Scott R. Santos - State University of New York at Buffalo)

Les polypes contiennent dans leurs tissus des algues unicellulaires, les zooxanthelles qui ont besoin de lumière pour la photosynthèse. Ces algues se développent en absorbant le dioxyde de carbone et autres composés azotés ou phosphorés libérés par les coraux (ou dissous dans l'eau) pour fabriquer en retour divers nutriments organiques (oxygène, sucres, acides aminés, peptides...) qui seront utilisée par le polype pour la croissance (calcification) de son squelette à base de carbonate de calcium (calcite ou aragonite). On parle de symbiose entre le corail et les zooxanthelles qui permet ainsi une calcification rapide, dix fois supérieure à celle des coraux démunis d'algues.

Expansion de la colonie

C'est la multiplication asexuée des polypes qui assure l'expansion de la colonie pour lui donner les formes diverses que l'on connait. La croissance de l'ordre du centimètre pour les espèces massives (Porites) peut atteindre une douzaine de centimètres par an pour certaines espèceà croissance rapide (Acropora).

Consolidation et croissance du massif corallien

Photo : D. TOURNASSAT - Glaucos

Consolidation par endo-upwelling géothermique

La consolidation des récifs est également expliquée par "endo-upwelling géothermique" : l'eau océanique profonde, froide et riche en nutriments pénètre la base du récif. Légèrement chauffée par le flux géothermique, elle s'élève par convection thermique jusqu'en haut de la structure poreuse. Arrivée dans la partie supérieure de l'édifice récifal, l'eau interstitielle subit une rapide baisse de pression qui entraîne un dégazage en CO2 et un déplacement de l'équilibre CO2 - carbonate. Cette situation accélère la cimentation de l'édifice, en soudant entre eux les blocs coralliens détritiques et en augmente la longévité.

Le développement du corail se déroule en eaux peu profondes. En mourant les coraux laissent des squelettes calcaires formant une structure où se développent de nouveaux coraux. La structure monte par la couche supérieure la plus exposée à la lumière solaire. Les interstices des squelettes des coraux morts sont au fil du temps tassés, colmatés, cimentés par des algues calcaires qui constituent l'essentiel du substrat et des matériaux détritiques (foraminifères, mollusques, piquants d'oursins, débris coralliens) consolidant ainsi la masse sous jacente sur de grandes épaisseurs. Les parties les plus profondes s'enfoncent, cet affaissement ou un abaissement du niveau de la mer fait émerger la cime, l'érosion qui s'ensuit constitue une partie des sédiments utiles au développement de la végétation et de la vie terrestre.

 

 

LES RECIFS

Facteurs déterminants pour la croissance des coraux.

On le voit, nous sommes en présence d'un animal capable de se reproduire, croître, s'épandre. Faisons un petit récapitulatif des conditions propres à sa croissance.

FACTEUR INFLUENCE
Lumière C'est le facteur le plus important, on l'a vu les zooxanthelles ont besoin de la lumière pour la photosynthèse. Le taux de croissance des coraux hermatypiques va dépendre partiellement de la lumière du soleil.
Hydrodynamique

C'est un facteur également déterminant, il influe sur la respiration, l'alimentation, la photosynthèse et la calcification donc la croissance du corail.

Courants : Les courants flux laminaires apportent de l'océan le plancton nécessaire ainsi que tous les oligoéléments vitaux constituant l'eau de mer. Ils agissent sur la nutrition et la reproduction.
Houle : Les récifs sont soumis à l'action de la houle, dépendant en général de la force et de la direction des vents. Le mouvement oscillant vertical assure un mouvement de va et vient aux coraux souples en les exposant à la lumière et favorise l'apport de nourriture et l'oxygénation de tous les polypes.
Vagues : Sur les hauts fonds la houle se transforme en vagues turbulentes et parfois cisaillantes auxquelles les coraux doivent résister.
Marées : le flux et reflux des marées se traduisent par des courants laminaires importants dans les passes, de plus les coraux durs supportent mal l'exondation ou de manière brève (Faviidae, Acroporidae, Poritidae) 3 heures et au maximum 10 h pour les Acropora digités. Les amplitudes de marées pourraient expliquer les différences de structures entre les récifs Indo-Pacifiques et ceux des Caraïbes rarement émergés les basses mers exceptionnelles pouvant avoir des effets catastrophiques. Les marées permettent l'apport de nutriments,d' oxygène et d'éléments nécessaire à la calcification dans les zones abritées du récif.

Les conditions combinées varient notablement selon l'endroit du récif : face au vent, en arrière dans le lagon ou dans les passes... le corail s'adaptant au milieu, l'analyse de sa forme permet d'évaluer sa provenance

Les facteurs hydrodynamiques ci dessus se tradusient par des contraintes au niveau de la colonie :
La friction est le frottement subit par la colonie contournée par le flux de l'eau.
La pression exercée par la vitesse de l'eau sur la surface des tissus varie selon la porosité (densité des branches), leur taille et leur alignement.
Ces sollicitations agissent directement sur l'épaisseur de la pellicule d'eau stagnante à la surfce des tissus, qui freine les échanges métaboliques ainsi que les renouvellements de plancton vers les polypes. La tolérance des espèces est variable, elles ont su adapter à leur conditions, leur morphologoie générale comme leur organisation dans le détail. Cette adaptation est particulièrement subtile chez les coraux à petit polypes pour lesquels la tolérance est plus faible que chez les coraux à gros polypes soumis à des conditions hydrodynamiques plus stables. Les écomorphes, ont le verra plus loin, sont révélateurs des sollicitations supportables par le corail et riches d'enseignement sur les conditions de sa maintenance.

Température

La croissance des coraux est ralentie en dessous de 18°C. Elle est optimale entre 25 et 29°C. La température influe sur la saturation de l'eau en oxygène, plus elle est fraîche et plus elle est saturée.

Salinité la tolérance vitale se situe entre 27 et 40 g/l. La salinité moyenne de l’océan est de 36 g/l mais peut varier localement à l'embouchure des fleuves ou lors de cyclones.
Sédimentation
et
nutriments

La concentration de l'eau en nutriments (nitrates, phosphates...) influe sur la distribution des récifs localement. La forte sédimentation rencontrée dans les zones turbides comme les baies ou l'embouchure des estuaires nuit généralement à la croissance des coraux durs. Elle les étouffe par l'excès des dépôts de vase, sable fin et terre sur leur polypes. Certaines espèces sont cependant plus résistantes selon leur capacité à secréter des mucus protecteur (Fungia, Trachyphyllia ...) à adapter leurs formes ou le gonflement de leurs polypes naturellement à la turbidité et même à se déplacer dans des positions ou vers des zones plus convenables.

Profondeur La lumière, l'intensité des vagues (faible oxygénation, forte sédimentation) et la température diminuent quand la profondeur augmente, autant de facteurs influençant la croissance des coraux et limitant leur développement. Les scléractiniaires hermatypiques se limitent essentiellement aux vingt premiers mètres.

 

Répartition des récifs


Carte des vents


Carte des courants

Les conditions ci dessus sont réunies dans les zones tempérées subtropicales et équatoriale ou les Alizés réchauffent les courants de surface propices au développement du corail dans les 20 premiers mètres de profondeur.


Répartition géographique des coraux scléractiniaires


Agrandir le plan

Les planulae de coraux colonisent de préférence les côtes exposées au vent du fait des températures, des apports planctoniques et d'une meilleure oxygénation de l'eau. Ils disparaissent généralement des zones sous le vent. Les coraux se localisent principalement à l'ouest des océans.

Région Surface estimée km2
Indo pacifique 261 000
Pacifique 115 900
Asie Sud Est 91 700
Océan Indien 32 000
Caraïbes 20 000
Mer Rouge et Golfe d'Aden 17 400
Golfe Persique et Mer d'Oman 4 200
Pacifique Est 1 600
Atlantique Est 1 600

Evolution des récifs

Les planulae errant au gré des courants doivent pour développer de nouveaux polypes s'accrocher sur une côte continentale ou une ile. Les conditions de développement du corail étant optimales, la croissance du récif est telle qu'elle influe en plusieurs étapes la géographie propre des îles coralliennes océaniques. Voyons les différentes phases de la formation des récifs.

A - Mouvements tectoniques

Le centre de la terre est formé d'un noyau de plus de 3400 km de diamètre. Sous des pressions énormes ce noyau est le siège de températures élevées. Autour de la graine centrale solide le noyau est sous forme liquide à plus de 3500 °C.
Le manteau de 2900 km d'épaisseur, recouvert d'une fine croûte terrestre de 12 à 70 km, est constitué d'un magma plastique qui a pour effet de faire flotter la croûte terrestre solide, moins dense et plus froide. Les grands écarts de températures, les différences de densité des matériaux, créent des mouvements de convection dans les magmas du manteau qui se répercutent sur la croûte terrestre.

La croûte terrestre s'écarte alors en plaques (l'accrétion) suivant un axe médian (le rift) qui se déplacent en mouvements gigantesques et extrèmement lents autour de la terre entrainant la création des montagnes et bassins océaniques. C'est la "dérive des continents" ou la "tectonique des plaques". Sous les océans, les plaques glissent en s'écartant formant une "dorsale océanique" mais le plus souvent elles se rapprochent, la plaque océanique plus lourde s'enfonce dans le manteau supérieur, sous la plaque continentale (c'est la subduction) créant une fosse océanique. Lorsque la plaque avance au dessus d'un point chaudfixe, il en résulte la formation d'un arc insulaire constitué d'îles volcaniques (Iles Hawai).

Stade 0 - Naissance des îles volcaniques

Dans certaines conditions de pression et de température générées soit par les mouvements tectoniques (au niveau des dorsales océaniques et des zones de subduction) soit des points chauds issus des concentrations locales de chaleur à grande profondeur, il se crée des cheminées dans le manteau, par lesquelles le magma perce la surface pour donner naissance aux iles volcaniques comme Tahiti, Hawaï ou la Réunion.

Ile Mehetia (Polynésie française)

 

Stade 1 - Le récif frangeant

 

Durant la vie du volcan ou immédiatement après qu'il a cessé son activité, les coraux viennent coloniser les fonds peu profonds et construire tout autour de l'île une frange récifale, c'est le stade initial, le récif frangeant. Le récif peut être séparé de la terre par un chenal peu profond dû à la turbidité excessive des eaux littorales ou l'apport d'eau douce côtière des fleuves.


Mer rouge (Egypte)

Ile Tahiti (Polynésie française)

 

Stade 2 - Le récif barrière

Concernant les récifs barrière des îles océaniques, le déplacement latéral de la plaque entraine un abaissement progressif du volcan par rapport au niveau marin. Il existe également des barrières continentales comme La Grande Barrière australienne, dans ce cas le corail implanté lors de la période glacière soit plus de 100 m en dessous du niveau actuel a poursuivi sa croissance au rythme de la remontée des eaux lors du réchauffement climatique.

Les coraux les plus profonds périssent, leur squelette constitue les fondations du récif. Les coraux capables de maintenir un rythme de construction vertical suffisant pour suivre le rythme de l'abaissement ou de la montée des eaux, développent au large du littoral une large plate-forme insulaire : la barrière qui subit les assauts de la mer et protège la côte. En arrière du récif barrière qui progresse vers le large, se situe un lagon de largeur variable (jusqu’à plusieurs kilomètres) et profond de l’ordre de 10 à 70 m avant, parfois, un petit récif frangeant. Des petites îles coralliennes peuvent se former sur le récif. avec sa petite barrière récifale et son lagon.


La Grande Barrière de Corail (Australie)

 

Stade 3 - L'atoll

Avec la poursuite de l'abaissement de la plaque océanique, le sommet du volcan en vient à être totalement submergé. La construction verticale de la marge récifale constituée de sables ou les cocotiers dominent et des débris coralliens accumulés par les vagues forme un anneau émergeant de quelques mètres, avec au centre le fameux lagon bleu dont la profondeur très variable en général quelques dizaines de mètres peut approcher la centaine de mètres. L'île peut être continue totalement fermée, le lagon est parfois même comblé ou au contraire l'atoll est ouvert et communique avec l'océan par des passes à fort courant de marée.


Atoll Bikini dans les Iles Marshall Micronésie (EU)

Atoll de Tetiaroa (Polynésie française)

Il existe des atolls dits "de faro" atolls circulaires autour d'un autre atoll, surtout dans l'Océan Indien, notamment aux Maldives.


D. TOURNASSAT - Glaucos

Le processus de formation d'un atoll peut durer 30 millions d'années.

Les bancs récifaux

Le banc récifal ou récifs plates-formes est un édifice corallien construit sur un haut fond en pleine mer, contrairement aux précédents types de récifs, ils ne sont adossés à aucun rivage. Les sédiments accumulés par les vagues sur le récif permettent la formation de petites îles coralliennes, les "cayes" à fleur d'eau véritables pièges pour la navigation.


Banc récifal, R Troadec, Les Glorieuses

 

LES BIOTOPES RECIFAUX

Structure générale d'un récif

 

L'implantation des colonies dépend des zones géographiques, des conditions locales, de leur caractère colonisateur (reproducteur) ou compétiteur, de la capacité des larves à s'implanter, leur aptitude à s'adapter au milieu ou de leur spécialisation mais également de ce que leur propose le milieu, par exemple les facteurs chimiques, la température, la circulation de l'eau. Ainsi les récifs Caraïbes présentent des différences avec les récifs du Pacifique ou ceux de Mer rouge.

Mais de tous les facteurs, la zonation récifale est l'un des plus importants. En effet chaque récif peut se décomposer en plusieurs zones propres à accueillir certains organismes. La succession de ces zones peut varier, voici un schéma classique.

 


D. TOURNASSAT - Glaucos

 

Zonations récifales

La population varie localement selon qu'il s'agit de récifs frangeants ou barrière, océaniques ou continentaux, en présence ou non d'alluvions terrestres ou encore si le récif est "au vent" ou "sous le vent".

Zone Environnement Intensité
lumineuse
Hydro-
dynamique
Sédimentation Population corallienne
(Indo-Pacifique)

LAGON



15 à 60 m

Alternance d'ilots, pâtés, pinacles. herbiers, sable, sédiments

Forte à faible

Energie faible à modérée, flux laminaires de marée

Plus ou moins importante, terreuse à l'approche des côtes.

Globalement hétérogène, constructions peu massives, espèces fragiles : Acroporafinement branchus Astreopora, Halomitra, Echinophyllia, Pectinia, Turbinaria, Pocillopora, Seriatopora, Faviidae, Pavona, Pachyseris, Goniopora, Alveopora, Symphyllia, Plerogyra, Goniastrea
Sur fonds calmes sédimentés : Seriatopora hystrix, Acrhelia, Euphyllia, Catalaphyllia, Trachyphyllia geoffroyi, Turbinaria, Madracis, Fungiidae, Leptoseris, Cycloseris, Heteropsammia, Caulastrea, Echinopora, Echinophyllia, Mycedium, Pectinia, Dendrophyllia, Heteropsammia, Turbinaria crater, Heterocyathus, Montipora, et coraux mous : Heliopora, Sarcophyton, Lobophytom, Sinularia, Zoanthaires, Corallimorphaires, Alcyonaires...

PENTE INTERNE


2 à 15 m

Faible déclivité

Forte, diminue avec la profondeur

Flux cisaillants réduits

Gros débris, blocs,
légers sédiments

En général : Pâtés avec colonies importantes de Porites, Acropora, Stylophora, Montipora, Cyphastraea…
Dans les zones calmes : Hydnophora rigida, Galaxea, Merulina, Tubastrea, Leptastrea, Lobophyllia, Symphyllia, Desmophyllum, Dendrophyllia

PLATIER


0 à 1 m

Plateau horizontal parfois exondé soumis aux tempêtes

Intense Flux turbulents à cisaillants Nulle à faible

Au centre du platier : colonies éparses aux formes massives ou encroûtantes Platygyra, Acropora (humilis, abrotanoides, millepora, robusta, rotumata , variabilis,..), Favia, Favite, Stylophora palmata, Pocillopora damicornis et espèces supportant l'exondation Porites, Montipora , Goniastrea
Vers l'intérieur : peu de coraux

CRÊTE RECIFALE




0.5 à 2 m

Forte densité de coraux et algues rouges calcaires

Exposé aux plus basses mers

Intense align="center">

Flux turbulents à cisaillants
> 40 cm/s
ou ondulatoires

Nulle Au sommet : formes trapues, colonies massives, encroûtantes et robustes Faviidés (Favia, Favites), Montipora, Montastrea, Platygyra, Leptoria, Goniastrea, Acropora branchues à branches courtes (humilis, abrotanoïdes, intermedia, palifera, hyacinthus, cytherea, digitifera, loripes, gemmifera); Hydnophora, Porites, Turbinaria, Pocillopora (damicornis, verrucosa),
Dans les cavités : petites colonies à branches épaisses Acropora, Pocillopora, Montipora, Millepora.
Octocoralliaires :Lobophytom, Sarcophyton, Sinularia, Palythoa

PENTE EXTERNE






2 à 20 m et plus

Forte déclivité.
Succession de
terrasses escarpées, éperons et sillons.

Nombreux coraux et algues calcaires.
L'activité corallienne est maximale avec un éclairage fort et une hydrodynamique modérée, inexistante vers 60 m

Forte à faible

En surface : Flux turbulents
40 cm/s
et ondulatoires

Au fond : Flux laminaires faibles
10 cm/s

Faible

>

Partie haute 2-5 m : espèces massives petites Faviidae et formes tabulaires et branchues Acropora (florida, spendida, clathrata, hyacinthus, cytherea), Pocillopora damicornis, Stylophora
Partie intermédiaire 5-10 m : colonies tabulaires d'Acropora (abrotanoïdes, clathrata, hyacinthus, cytherea, efflorescens, symplex), Acropora (squamosa, haimei, aculeus, subglabra, digitifera, isopora, suharsonoi), Coscinarea, Platygyra, Diploastrea, Pavona, Mycedium, Pachyseris, Lobophyllia, Echinopora, Pectinia, Montipora foliosa.
Partie basse 8-20 m :
Formes massives Porites (cylindrica, dannae), Platygyra, Favia, Favites, Leptoria, Leptastrea, Cyphastrea, Gardineroseris, Goniastrea, Montastrea, Leptastrea, Cyphastrea.
Coraux branchus verticaux et digités Acropora (formosa, palifera, muricata), Stylophora pistillata, Pocillopora danae, Seriatopora.
formes plateaux ou foliacées Turbinaria (peltata, reniformis), Echinopora (lamellosa, gemmacea), Montipora (capricornis, foliosa),Acanthastrea, Pavona, Astreaopora, Pachyseris,, Leptoseris, Oxypora, Mycedium, Merulina,
LPS et formes libres ou ahermatypiques Hydnophora, Pectinia, Fungia, Galaxea, Lobophyllia, Caulastrea, Symphyllia, Parascolymia, Pectinia, Goniopora, Alveopora,Tubastrea
Octocoralliaires répartis sur la pente : Palythoa, Lemnalia, Lobophytom, Nephtea, Sarcophyton, Sinularia, Xenia, gorgones...

EXTERIEUR RECIF


+ 20 m

Pente modérée,
plaine sédimentaire, sableuse

Faible align="center">
Flux laminaires lents
Forte

Coraux durs mobiles : Fungia, Herpolitha, Trachyphyllia geoffroyi, Heteropsammia, Heterocyathus, Cycloseris,
Formes sessiles, fragiles, en recherche de lumière verticales ou en larges en lames horizontales : Seriatopora, Pocillopora damicornis, Montipora, Plesiastrea, Galaxea, Pachyseris, Acanthastrea, Leptoseris, Echinophyllia, Dendrophyllia. Balanophyllia, Merulina,Mycedium... Echinopora, porites, Turbinaria
Coraux azooxanthellés :Dendronephthya, Pennatulaires, tubastrea, Stylaster

PASSES

jusqu'à 50 m

Fond meuble, sableux, vaseux

Moyenne Flux laminaires de marées importants
70 cm/s
Faible

Au fond : Favidés (Cycloseris, Diaseris)
Sur bords latéraux
: Organismes souples, solidement fixés Gorgones, Dendronephthya, Clavularia

BAIES

jusqu'à 30 m

Fonds turbides, meubles, sableux, vaseux.

Réduite Faible
(compensée par phyto et zoo)

Moyenne à forte

Peu de coraux vivants Porites, Leptastraea, Alveopora, Trachyphyllia, Turbinaria, Fungidae. Parfois l'apport de nutriments favorables au développement de plancton et zooplancton compense la faible luminosité.

 

Ecomorphe des coraux

Ecomorphe environnemental

Les morphes des coraux dépendent de la zonation récifale, ainsi les colonies d’une même espèce vivant dans différents biotopes peuvent adapter leur morphologie à l'écosystème environnant comme par exemple Pocillopora qui occupe aussi bien la zone brassées des brisants en surface que les eaux calmes et profondes jusqu'à 40 m, ou bien Turbinaria reniformis qui adopte un forme foliacée dans le lagon et plus turbinée sur la pente externe. L'exposition aux conditions variant ne serait ce la croissance des espèces limitrophes, une même colonie peut également changer de morpholgie au cours de sa croissance. Ainsi une situation peut être la vision à un instant précis mais en cours d'évolution, aussi la prudence s'impose dans l'interprétation des données.

Voici quelques bases permettant de s'y retrouver.

MORPHOLOGIE des COLONIES

Exemple MORPHOLOGIE - ECOSYSTEME Prof. Bras. Eclair. Turbid.
Encroûtante
Les lames enveloppent le substrat et y adhèrent fermement, dans les zones battues par les vagues. Elle peut présenter des pousses columnaires dans les eaux plus calmes.
*

*****
turbulent

***** *
Digitée à rameaux courts, (Acropora humilis)

Les branches fortes radiales améliorent la résistance aux vagues fortes. Les petits polypes résistent aux flux puissants.

* *****
turbulent
***** *
Massive de taille moyenne qq. décimètres (Favia), Les colonies épaisses et globuleuses de taille moyenne présentent peu de prise aux fortes vagues dans les faibles profondeurs bien brassées. ** ****
turbulent
***** *
Buissonnante prostrée (A. abrotanoïdes), Les branches massives entremêlées ou soudées, replieés vers le sol, cassent le courant des zones légèrement agitées par la houle.
*** ***
laminaire
**** **
Arborescente (A. formosa),

Branches de grande taille et épaisses dressées en forme d'arbre, en recherche de lumière multidirectionnelle dans les zones moyennement brassées.

**** ***
laminaire
*** ***
Tabulaire (A. cytherea).
Forment des tables horizontales permettant de capter la lumière diffuse et les particules des zones calmes profondes. **** ***
laminaire
*** ***
Laminaire (Montipora foliosa).
Forme de lames ou plaques horizontales à plusieurs étages. (A. cytherea, Pachyseris, ), particules des zones calmes en profondeur. **** ***
laminaire
*** ***
Buisonnante fragile (A. subglabra).
Structures à branches fragiles, fines, entremêlées, serrées (peu poreuses) de zones calmes ou protégées, élancées à la recherche de lumière. ***** ***
laminaire
*** ***
Columnaire avec colonnes ascendantes (Porites) ou Massive de grande taille (mètre) (Porites lutea)
Forme d'eaux calmes profondes. Le faible courant oxygène de façon égale les polypes qui s'exposent à une lumière diffuse, les sédiments sont facilement évacués ***** *
laminaire
*** ***

Foliacée (Turbinaria sp)

En feuilles ou lames fines plutôt verticales et plus ou moins entrelacées et spiralées, (Turbinaria reiniformis, Montipora foliosa, Pavona, Echinopora). C'est une forme éclairée progressant par la tranche verticalement et évitant la sédimentation des zones abritées ou moyennement brassées. La présence de courants turbulents contribue au nettoyage interne. ** ***
peu turbulant
**** ***

Turbinée (Turbinaria sp)

En entonnnoir évitant l'accumulation des sédiments des zones peu agitées, légèrement éclairées. **** ***
laminaire
*** ***

Libre (Fungia sp.)

Colonies ou polypes solitaires simplement posés sur un substrat dur ou meuble (vase, sable...) , dans des eaux calmes, turbides pour les formes charnues (Cynaria, lobophylia) et dans les courants moyen pour les polypes moins développés (Fungia, Trachyphyllia, Goniopora) ***
à
****
***
laminaire
*** ****
Gros polypes (Plerogyra)

Polypes fragiles, gonflés permettant de mieux capter la lumière, et d'expulser les particules de sédiments des eaux calmes et chargées.

**** **
laminaire
***
****
Grands polypes mobiles (Goniopora)

Adaptés pour attraper le plancton dans les courants faibles <10 cm/s.

**** **
laminaire
**
***
Coraux mous élancés (Dendronephthya) Le gonflement et le faible mouvement du corail assure l'oxygénation et l'exposition à la lumière ou au plancton des polypes. **** ***
laminaire
*
à
***
***
Coraux mous encroutant (zoanthus) Zones variables, l'étendue des conditions favorables à leur développement est limitée. ** ****
laminaire
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Ecomorphe hydrodynamique

Les colonies branchues se définissent d'après des notions propres qui renseignent sur leur positionnement et leur taille maximale au delà de laquelle la vitesse de l'eau interne est limitée et la croissance impossible.

Ainsi, les structures buissonnantes, peu poreuses de branches fines entremêlées occupent lez zones de faible énergie à courants laminaires parfois puissants, les formes arborescentes à branches épaisses s'exposentaux fortes houles et les colonies poreuses à branches épaisses supportent le brassage vigoureux des vagues.

Le récif... et la planète

Si le récif nous parait à nous récifalistes et de façon égoïste, vital pour le développement de nos poissons et coraux, il abrite aussi 1 million d’espèces vivantes interdépendantes végétales ou animales qui sans lui ne pourraient survivre. Maillon essentiel de la chaîne alimentaire, il est indispensable à la vie sous-marine.

On l'a vu cet écosystème, dépend de phénomènes naturels antagonistes de construction et de destruction, mais il subit surtout maintenant les agressions humaines : pollution lié à l’activité humaine côtière (c’est le principal facteur), pêche, déforestation, tourisme, réchauffement climatique...).

Un récif a mis plusieurs millions d’années pour s’implanter

A nous récifalistes de pratiquer une aquariophilie responsable permettant d'économiser au mieux les ressource de ce milieu si précieux par le bouturage, reproduction, connaissance des animaux, accueil, conditions de maintenance.

 

 

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Denis TOURNASSAT - Glaucos

Mise à jour : 05/11/2010