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L'iode

 

Dans l'eau de mer

L'eau de mer contient au total 0,06 mg/l d’iode (I) (angl : iodine). On n'y trouve pas cet oligoélément à l'état d'atome (I) mais sous plusieurs formes organiques et inorganiques. La forme moléculaire diatomique diiode (I2), aussi évoquée par abus de langage sous le nom d'iode, est très instable donc peu présente. Elle s'oxyde facilement en anions iodure (I-) (angl : iodide) et en iodate (IO3-) (angl : iodate) lui même partiellement réduit dans certaines conditions (comme le font le phytoplancton, les algues et les bactéries), en iodure (I-). Iodate et iodure sont des formes stables et représentent l'essentiel de l'iode total de l'eau de mer avec approximativement 0,04 à 0,06 ppm d'iode sous la forme iodate et 0,01 à 0,02 ppm d'iode sous la forme iodure.

L'iode est donc un élément mineur mais on a pu mesurer sa présence dans les tissus de nombreux organismes, il aurait donc une fonction biologique chez des espèces animales (anémones, coraux mous, gorgones, éponges, vers, tuniciers, crustacés...) et végétales (macro algues et particulièrement les algues rouges). Les animaux n'assimilent que très peu d'iode et uniquement sous la forme diiode I2, par contre les algues sont capables de synthétiser l'iode à des concentration parfois très élevées, à partir d'iodates et de iodures. Toutefois, le fait de contenir de l'iode ne signifie pas qu'il soit indispensable ou nécessaire, les effets exacts ou l'utilité de l'iode pour ces organismes ne sont pas clairement expliqués et font toujours l'objet d'études scientifiques.

Dans nos aquariums

Vertus et risques

Lutte contre les algues
L'iode étant utilisé par les algues, il peut être judicieux de suspendre les apports en cas d'invasion, conjointement aux autres moyens de lutte.

On lui prête des vertus sur la maintenance et la croissance à long terme des coraux mous (Xénia, Anthelia, Clavularia, gorgones...) sans véritable preuve. L'action sur les couleurs des coraux (corallimorphaires) et anémones via les colorants des zooxanthelles est plus probable. Les effets sur la croissance des algues sont vérifiés, l'iode en quantité importante sous des formes variées organiques et inorganique jouerait un rôle de défense contre les herbivores. La croissance des corallines permet de supposer la présence d'un taux minimal dans le bac. Très réactif avec l'oxygène, l'iode comme le brome est sous sa forme iodure (I-) un antioxydant (ou réducteur), qui permet de lutter contre le stress oxydatif, c'est d'ailleurs sont rôle le plus probable en eau de mer. Il contribuerait ainsi à améliorer la résistance des coraux et corallines aux brûlures ou à la décoloration lorsqu'ils sont exposés à une lumière forte, indépendament bien entendu d'autres causes potentielles liées à la qualité de l'eau.
L'iode en usage antiseptique :
Les formes inorganiques naturelles (iodure I- et iodate IO3-) ont une action antimicrobienne très faible mais la forme diiode (I2) est un agent antibactérien efficace. Le diiode (I2) dissous dans l'éthanol (teinture d'iode) ou dans une solution aqueuse d'iodure de potassium KI (solution de lugol) ou sous forme liée (Bétadine) est utilisé comme antiseptique puissant. En aquariophilie, le diiode peut être utilisé en bains comme antiseptique pour désinfecter un corail, le déparasiter, prévenir ou guérir une infection bactérienne.

Traitement des coraux :
Pour traiter un corail, dur ou mou, le tremper durant 15mn environ dans un bain spécifique dosé à 5 gouttes de lugol (voir la composition plus loin) par litre d'eau de mer. Il existe également des solutions commerciales efficaces, prêtes à l'emploi.

Les effets prophylactiques de certaine formes d'iode contre les parasites et antiseptiques lors de lésions sont reconnus, c'est peut être ce qui a valu cette impression que certains coraux se développaient mieux en sa présence. On peut cependant s'interroger d'une telle action aux faibles concentrations rencontrées.

L'iode, ou comme on l'a vu plus précisémment le diiode (I2), se transformant rapidement en iodate (IO3-), une incorporation excessive jusqu'au seuil de toxicité présente donc un certain risque. Les taux de iodate létals varient énormément d'un organisme à l'autre, sur les poissons ils sont toutefois relativement élevés. De même la croissance du phytoplancton n’est pas empêchée à des doses importantes de iodate et iodures, alors qu'un taux dix fois moindre de iodure inhibe déjà leur croissance. Quant aux algues, on a pu constater un regain de vigueur en présence de taux supérieurs à la normale. Malheureusement, il n’y a pas vraiment de donnée concernant la toxicité sur les organismes marins et le récifaliste ne sait rien des taux de iodate et iodure suceptibles d'occasionner des problèmes. On a toutefois interêt à éviter l'accumulation des iodates par des moyens appropriés tels que changements d'eau, refuge à algue, écumage, charbon actif...

Taux recommandé

En raison de la caractéristique oxydante forte du diiode, il est conseillé de viser le taux d'iode naturel de l'eau de mer 0.06 mg/l sans jamais dépasser la dose de 0.08 ppm au risque de dérégler l'équilibre bactérien du bac et d'agresser les tissus des coraux. L'augmentation hebdomadaire maximum de l'iode devrait être limitée à 0.01 ppm.

Supplémenter ou pas

Si il est admis qu'une dose minimale est requise sans excès toutefois, la question la plus controversée porte sur la nécessité d'assurer une supplémentation régulière.

Le niveau de supplémentation n'est déjà pas facile à évaluer. Il dépend de la biomasse du bac, en effet des coraux mous auront des besoins beaucoup plus importants que des SPS dont les tissus vivants ne représentent qu'une infime partie de l'animal. Les apports significatifs via l'alimentation riche en iode (krill, macroalgues, bivalves, poisson...) et le sel, ne sont pas maitrisés. La transformation des iodates ou iodures par les algues du refuge, dépendra de leur concentration jusqu'à fournir aux coraux, l'essentiel de leur besoin en iode. Enfin l'écumage et le charbon actif en éliminent progressivement une partie.

On le voit, le niveau d'iode peut baisser mais pas forcément. On a pu mesurer des taux important dans des bacs non supplémentés en iode. De même chaque bac a un niveau de consommation qui lui est propre, le taux peut baisser régulièrement ou au contraire rester très stable. Rajouter de l'iode, même à petites doses régulières, sans considération des risques peut vouer le bac à sa perte. De la même manière, les concentrations relatives en iodure et iodate varient d'un bac à l'autre. Chaque aquariophile doit en avoir conscience avant tout ajout.

Dans la pratique de nombreux récifalistes ne se soucient pas de la présence de ce composant ou se basent sur l'observation visuelle pour estimer que la supplémentation est suffisament équilibrée par leur habitudes de maintenance, ils n'en rajoutent pas. On peut se poser la question de savoir si cette observation est fiable et que ce qu'ils observent sont réellement les effets de l'iode. Nombreux aussi sont ceux qui, n'ayant pas pu mettre en évidence son inutilité à long terme, hésitent à l'abandonner et procèdent à des ajouts.

Mesurer

Compte tenu des risques évoqués, tout ajout dans l'aquarium devrait être réalisé en connaissance de la situation. Et pour une bonne compréhension, ces mesures devraient distinguer les différentes formes d'iode : diiode, iodures et iodates (encore faudrait-il savoir quelle forme d'iode est utile pour nos hôtes aquatiques). Les actions à mener devraient varier selon les concentrations des diverses formes. Un taux de iodates correct sans diiode ni iodure signifie que le cycle biologique n'est pas satisfaisant. Un taux de diiode insuffisant pourrait, sans connaitre le taux de iodates, conduire à en rajouter encore au risque de voir augmenter les iodates vers un taux critique. La présence de diiode en l'absence d'ajout révèle une production probablement par les algues.

Le diiode étant instable, le moment de la mesure après introduction a son importance. Pour un résultat représentatif il est préférable de procéder au test entre deux apports (avec les réserves ci-dessus).

Il existe peu de tests dédiés à l'aquariophilie récifale. Ils ne détectent pas tous la même chose, ils ne mesurent qu'une somme de quelques formes d'iode et cetains ne mesurent même pas les iodates, ce qui rend leur interprétation difficile et parfois dangereuse.

Seachem MultiTest™ Iodine/Iodide : Il mesure la somme de l'iodure (I-) et de l'iode moléculaire (I2).  Il est peu probable qu'il y ait beaucoup de diiode (I2) dans un aquarium étant donné qu'il se décompose en quelques heures sous d'autes formes iodate, iodure ou d'autres formes organiques. Le risque est d'introduire de l'iode alors que le taux de iodate, malheureusement non mesuré, est déjà élevé.

Salifert I2 PROFITEST Iodite Iodate Iodine : Ce test mesure la somme de iodure, iodate et iode moléculaire (I2). Il est donc plus pertinent pour nos aquariums.

Red Sea IODINE PRO TEST KIT : La fiche technique ne dit pas quelle forme d'iode il mesure !

  

Il existe des méthodes beaucoup plus précises comme la spectromètrie de masse à plasma à couplage inductif (ICP-MS), celles ci sont couteuses et utilisées par les laboratoires professionnels. Des analyses comparatives n'ont pas toujours permis de correller les résultats obtenus avec les tests pour aquariophiles.

Compositions de supplémentation

Produits commerciaux

La composition des solutions du commerce étant rarement précisée il est préférable de préparer sa propre solution.

Produits du commerce certains précisent la forme d'iode introduite sans les concentrations (Elos Extra iodide, Two Little Fishes Iodine Concentrate... ) d'autres les concentrations sans les formes diode (Seachem Reef Iodide...) d'autres enfi ni les formes d'iode, ni les concentration (Prodibio Iodi+, Mariscience, Tropic Marin Procoral Jode...). Difficile dans ces conditions, d'adopter une méthode de supllémentation.

 

Préparations personnelles

Deux produits ont la faveur des aquariophiles :

Iodure de potassium (KI)

On utilise généralement l’iodure de potassium dilué à 0,5% ou plus concentré à 5%. La solution a 0,5% est préférable pour les débutants en cas de surdosage malencontreux.

L'iodure est stable plusieurs jours en eau de mer, on peut réaliser des ajouts hebdomadaires.

Lugol

Le diiode (I2) est très peu soluble dans l'eau. Afin d'augmenter sa solubilité on utilise conjointement de l'iodure de potassium KI introduit en excès. La complexation des ions iodure I- avec le diiode I2 permet la solubilisation du diiode sous forme d'ions triiodures I3-. La solution obtenue est appelée "Lugol".

Le diiode (I2) s'oxyde très rapidement en formant des iodates toxiques par accumulation, il est donc conseillé d'utiliser le lugol en petites quantités, rapidement assimilée, mais tous les jours, ou en alternance 1 fois sur 4 avec la solution d’iodure de potassium.

Préparations

Les produits se trouvent couramment en pharmacie à prix réduit. Attention l’iode sous forme de cristaux est dangereux, ne pas inhaler, ne pas toucher. Préparer la quantité pour 1 à 2 mois.

Préparation Solution Iodure de potassium> Lugol
Solution KI diluée
0,5%
Solution KI concentrée
5%
Solution
0.5 %
Eau distillée ou déminéralisée ou osmosée 1 litre 1 litre 1 litre
Iodure de potassium (KI) 5 g 50 g 10 g
Iode (diiode sous forme de cristaux) (I2) --- --- 5 g
Dosage par semaine pour 100 l 2.5 à 5 ml 0.25 à 0,5 ml ou
5 à 10 gouttes
10 gouttes
(1 semaine sur 4)

Dosage

Les dosages recommandés ci-dessus sont à réguler selon les observations (mues, croissance, coloration des Actinodiscus, Rhodactis et autres Sarcophyton). L'observation de la pousse des micro-algues (sur les vitres par exemple) est également un bon indicateur. Ajouter la solution doucement et ne pas surdoser sous peine d’entraîner l’apparition d’algues et même de lésion sur poissons et invertébrés, ou de rendre le bac totalement stérile. Dans tous les cas, il est préférable de faire des ajouts quotidiens plutôt qu’hebdomadaires. Le micro dosage s’avère ici une méthode tout a fait adaptée.

Conservation

l’iode est nocif par inhalation ou contact avec la peau et attaque certains plastiques. Les produits doivent être manipulés avec les précautions d'usage et les solutions conservées dans des bouteilles opaques en verre à l’abri de l’air, de la lumière et au frais.

En savoir plus

Strontium et iode en récifal - Alain TORTEY - Ocean Passion On The Road - DVD n°31 (juillet 2010)
Iodine in Marine Aquaria: Part I - Randy Holmes-Farley - Advanced aquarist's Online Magazine - (march 2003)
Iodine in Reef Tanks 2: Effects on Macroalgae Growth - Randy Holmes-Farley - Advanced aquarist's Online Magazine - (april 2003)
The Halogens — Part III: Iodine  - Craig Bingman -  Aquarium Frontiers (December 1997)
Reef Aquarium Water Parameters - Randy Holmes-Farley - Reefkeeping - (05-2004)
Mars Reefkeepers
La FaQ d'Aqu@mer